PRATIQUE MATH

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SOCLE COMMUN ET PALIERS DE COMPETENCE

C’est là un champ nouveau de formation des enseignants

mercredi 28 octobre 2009, par Alfred Bartolucci


Le socle appelle à former les élèves et à les évaluer par compétences. Mais les sept compétences du socle ne sont pas spécifiques au socle. Ce qui est spécifique du socle ce ne sont pas les compétences mais le palier de maîtrise attendu, c’est-à-dire un seuil d’ampleur de la complexité à traiter. Mais, pour une activité donnée, l’expérience conduit à constater que le caractère de complexité pour des membres d’un même groupe d’apprentissage est relatif. Cela nous conduit à distinguer en termes de complexité deux catégories d’acceptions :

  • La complexité dans le sens dans une première approche composite ou non élémentaire, à priori qui nécessite une exploration de clarification. Ainsi, il existe des situations qui peuvent être vécues comme complexes par tous les élèves, non directement traitable par aucun mais abordables par tous. Chacun peut faire des essais, proposer, même très partiellement, des éléments : aucun n’est sec face à la situation. C’est la recherche personnelle de chacun, les interactions entre pairs et la stabilisation par confrontations en grand groupe d’éléments qui peuvent n’être que parcellaires qui fera que chacun tire le bénéfice en termes d’apprentissage d’avoir traité de la complexité.
  • La complexité dans le sens de hors de portée. Le degré de complication, les écarts à ce qui est accessible sont tels, qu’une activité peut s’imposer comme inadaptée au potentiel de traitement de certains élèves. La difficulté liée à une telle situation est relative. Elle est fonction du niveau de maîtrise pour une compétence donnée des élèves à qui elle est proposée. Par définition d une compétence, la complexité relative pour une personne, des tâches liées à cette compétence est fonction de l’ensemble des savoirs, des démarches, des capacités que la personne a ou non développées.…

A la suite de Vygotski, pour une compétence donnée une situation est dite complexe si elle se situe dans « la zone proximale de réussite » d’un élève donné. Si elle est hors de portée de traitement ou si elle est trop directement facile à traiter elle est inadaptée car hors enjeux.

Cas des élèves reconnus de bon niveau


Quand des élèves dont on dit « qu’ils ont un bon niveau », réussissent très facilement, certaines tâches c’est bien l’absence d’enjeux qui pose problème. La réussite aisée et répétée de diverses tâches par un élève révèle bien un seuil de maîtrise mais n’informe en rien sur le potentiel de réussite de l’élève. De ce fait, de telles réussites ne sont pas significatives du niveau optimal de sa compétence. Pour qu’une série de réussites signifie un niveau de compétence d’un élève il est indispensable que plusieurs résultent d’un défi relevé par l’élève. Plus la tâche résiste à la réflexion et au traitement plus elle a un caractère complexe. Plus l’élève a réussi à traiter de telles situations lui ayant posé problème et mieux il aura développé sa compétence. Ce sont les traces de telles réussites qui sont déterminantes pour attester l’atteinte de certains seuils. Le goût, le désir d’apprendre est alimenté par la rencontre d’obstacles authentiques dans les apprentissages scolaires et le pari raisonnable de les passer : pour des élèves vus en pleine réussite scolaire, la prise en compte de ce principe est essentielle si on ne veut pas seulement se limiter à prendre acte de leurs compétences, mais leur permettre d’exploiter leur potentiel.

Cas des élèves vu comme manifestant des difficultés.


Ce qui vient d’être écrit reste vrai pour des élèves manifestant des difficultés. Mais, à un seuil donné, si une personne vit le traitement d’une tâche comme désespérément hors de sa portée, le risque que des moments naturels de découragement dans les phases de recherche se transforment en décision d’abandon est réel. On sait aussi, qu’une série d’abandons chez une personne qui a du s’y résoudre, peut la conduire à douter sur ses capacités et à intérioriser un sentiment d’incompétence. La prise en compte du sentiment de difficulté qu’éprouvent certains élèves face à des tâches que l’enseignant considère dans la norme, est essentielle. L’intervention ne consiste pas à proposer des activités simplifiées outrancièrement et en différé (forme classique du soutien). Les réussites, qu’on obtiendrait dans ces conditions, seraient à terme peu convaincantes aux yeux mêmes des élèves supposés en bénéficier, mais surtout, ces élèves, loin de se restaurer sur un parcours scolaire, courent un fort risque de marginalisation. Le fait de substituer, au traitement de situations complexes, des activités construites pour conduire certains élèves à la production des bonnes réponses, malgré tout, a pour conséquence que ces élèves évitent de façon répétée les obstacles constitutifs des enjeux d’apprentissages. Des décrochages ponctuels se transforment dans le temps en « largage » ! Si différencier consiste à proposer des activités à la portée du potentiel effectif des élèves, il est essentiel de préserver dans chaque cas le caractère de complexité des tâches, d’adapter la confrontation à l’obstacle et non pas de le contourner.

C’est là un enjeux majeur dans les nouvelles pratiques des enseignants liées à la mise en œuvre du socle commun dans les diverses disciplines. Dans toute situation d’apprentissage, plus la réussite est coûteuse, plus le chemin est incertain et plus la réussite prend de la valeur pour le sujet. Adapter une situation d’apprentissage à des élèves donnés, c’est limiter l’ampleur des obstacles pour qu’ils puissent l’appréhender. Mais une vigilance s’impose : que ceux-ci gardent du sens par rapport aux enjeux d’apprentissages et contribuent au défi personnel pour chaque élève qui y est confronté. Linda Allal dans [L’évaluation formative dans un enseignement différencié, 1979] précisait « L’optimisation de l’apprentissage passerait par la création d’un décalage optimal entre la structure actuelle du sujet et la structure de la tâche ». Diversifier les situations d’apprentissage sur un domaine donné, c’est concevoir des critères de gradation de la complexité de ces situations pour placer l’ensemble des élèves d’une classe face à de vrais défis d’apprendre.