PRATIQUE MATH

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L’oral en mathématiques

Développer une pensée organisée à l’oral en math

mercredi 26 octobre 2011, par Alfred Bartolucci


1. Les enjeux

Former les élèves à s’exprimer à l’oral conduit à penser à des situations et à des outils d’évaluation … La question n’est pas si simple qu’il n’y paraît. La formation à l’oral d’élèves de collège ne relève pas d’une intention candide et encore moins d’outils (grilles d’évaluation) ! Elle interpelle les mises situations pensées par le professeur dans le cadre d’une stratégie collective pensée dans la durée (année, cycle, …) Travailler sur les situations d’oral entre enseignants de matières différentes, en particulier de mathématiques c’est d’abord questionner nos représentations sur ce qu’est :

  • « travailler », « apprendre » pour un élève ?
  • « un élève qui travaille » pour le professeur ?
  • « prendre la parole » pour un élève ?
  • « écouter » pour un élève ?

Une autre question à réfléchir en équipe est : « A quelle occasions les élèves prennent-t-ils la parole en classe dans le cadre du cours de mathématiques ? ». Les réponses à cette question que l’on peut aussi poser aux élèves, sont significatives :

  • pour demander s’ils n’ont pas compris ?
  • pour répondre à une question du professeur ?
  • pour montrer qu’ils participent au cours ?
    ou encore
  • pour donner un avis ?
  • pour proposer un avis, faire avancer un débat (encore faut-il qu’il y ait des temps de débat) ?
  • pour contester un avis, une proposition ?
  • pour présenter un exercice, une recherche personnelle ?
  • pour défendre un point de vue ?
  • pour rapporter des propositions d’un sous groupe ?
  • pour commenter une réponse ?
  • pour lire un texte ?
  • pour reformuler pour quelqu’un ?

L’injonction à écouter est très forte… de plus en plus forte. Quel sens a pour les élèves l’écoute ?

  • écouter le professeur pour suivre et chercher à comprendre à condition que l’écoute ne soit pas la situation la plus fréquente.
  • écouter le professeur, ses camarades, pour prendre en compte, intérioriser, s’impliquer et donner / confronter ses points de vue.
  • écouter l’autre, ce qu’il dit, ce qu’il pense, dans le respect de la personne sans fuir le débat avec distanciation par rapport à ses propres positions

Ces questions renvoient à notre remarque préalable relative à l’importance des situations que les élèves vivent en classe. Ce sont les dispositifs, les situations, les démarches mises en œuvre dans la classe pour que les élèves apprennent qui donnent du sens à une volonté collective des enseignants de développer des compétences d’oral. Le travail d’une équipe d’enseignants sur l’oral, si on ne dépasse pas la conception « oral-participation » est sans issu. Travailler sur l’oral pour que les élèves soient plus motivés à participer davantage relève de la pensée magique si on n’interpelle pas les situations de formation à l’oral à conditions qu’elles soient intégrées et au service de la formation dans la discipline en jeu (oral-communication en maths par exemple). Mais travailler « l’oral-communication » au delà des situations à mettre en œuvre nécessite quelques vigilances. Nous proposons diverses pistes de réflexion en équipe :

  • L’oral, de moyen d’apprentissage, peut devenir objet d’apprentissage (situations et supports réels, évaluation participative, …)
  • Toute situation authentique orale est une prise de risque (réfléchir avec la classe aux valeurs de distanciation, de tolérance, de respect, d’écoute …) L’apprentissage de l’oral nécessite que les adultes soient, chacun, préoccupés à garantir un climat de confiance
  • L’environnement matériel doit faciliter le travail de l’oral. En particulier l’organisation de l’espace est un paramètre à ne pas sousestimer.
  • Le travail sur l’oral doit permettre aux élèves de prendre conscience du rôle du corps et de la dimension non-verbale de la communication orale. Les enseignants d’autres disciplines que le français ne doivent pas sousestimer cette dimension. Ils doivent aussi s’ouvrir à la spécificité de la langue orale.

2. Des étapes

Pour former les élèves à l’oral en mathématiques nous proposons quelques étapes :

  • 1.Définir différents situations d’oral pertinentes en maths et les faire découvrir aux élèves afin qu’ils mesurent dans une première approche les enjeux particuliers des objectifs auxquels ils vont se trouver confrontés ;
  • 2.Déterminer avec eux, par des mises en situations diverses, des critères de réalisation et de réussite d’une prestation orale ;
  • 3.Stabiliser, hiérarchiser dans le temps ces critères en partant des élèves réels,
  • 4.Promouvoir l’entraînement en situations réelles et le co-positionnement des élèves
  • 5.Fixer un cadre de reconnaissance, de valorisation et de certification des compétences d’oral acquises.

Ainsi travailler l’oral, c’est, pour l’enseignant de mathématiques, assurer la maîtrise de la langue, permettre aux élèves de produire un discours oral dans des situations véritables de communication, mais c’est de fait assurer plus de pensée organisée en mathématiques à l’oral. Que de ce fait, les élèves soient plus motivés, plus impliqués … est une conséquence. Une fois de plus, cet exemple montre que pour poser la question de plus de motivation des élèves la réflexion doit porter sur « quel élève veut-on former ? » plus que « quels artifices pour que les élèves soient plus actifs. Nous avons tous dans nos établissements à être vigilants en équipe pour éviter la facilité de tels glissements.

3. Des compétences

Nous avons défini quatre familles de situations de formation à l’oral en mathématiques. Ces quatre familles renvoient à des compétences que l’on peut chercher à développer sur les quatre années du collège.

Rendre compte à l’oral d’une réalisation, d’une recherche L’élève : Présentation d’une solution personnelle ou résultant de travaux de groupes à la classe

  • ne lit pas un texte, sait se détacher par rapport à ses notes,
  • s’exprime de façon audible et détendue
  • présente ce qu’il a fait de façon claire et organisée
  • sait écouter et cherche à répondre aux questions posées,
  • utilise un vocabulaire spécifique de façon appropriée

Reformuler oralement un message entendu. : Reformulation suite à une discussion dans la classe pour restituer le sens du message

  • Propos construit
  • Expression centrée sur le sens du message entendu (et non sur les mots)
  • Les informations essentielles du message sont présentes
  • Le sens du message d’origine est restitué
  • Mise en lien correcte des informations

Reformuler oralement des informations lues (texte court, énoncé, ..). : Restitution suite à une lecture silencieuse des informations ou du sens du message lu.

  • Restitution du sens du texte.
  • Respect de l’organisation globale du message
  • Repérage des données principales.
  • Contrôle du risque de déformation, ou d’ajout d’information

Prendre part de façon organisée à une discussion collective dans la classe : Implication personnelle d’un élève dans un échange / débat dans la classe faisant suite à une recherche individualisée ou en groupe sur une question problématique.

  • Ose prendre la parole
  • Prise de parole ordonnée
  • Prise de parole construite
  • Propos dans le sujet
  • Prise de parole qui tient compte de ce qui a été dit et de la progression de la discussion

Exemple d’outil de co-auto évaluation des élèves : Evaluer la prise de parole dans ou devant un groupe

MOIUn camarade
Je me fais entendre de mon auditoire
J’articule pour me faire comprendre
Je regarde mon auditoire
Je ne coupe pas la parole à celui (celle) qui parle.
Je réponds aux questions de l’auditoire pour expliquer(discours explicatif)
Je justifie les idées que j’exprime (discours argumentatif)
J’intéresse mon auditoire
Les prises de parole sont bien réparties
J’évite de regarder ma préparation et de la lire
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