PRATIQUE MATH

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Un témoin gêné ?

Quelques principes avec des visées éducatives

lundi 3 septembre 2012, par Alfred Bartolucci


Que faire ? Comment agir ?

Il n’est pas rare, que le professeur de mathématique, expérimenté ou non, se trouve dans des situations pas simples personnellement par un fait auquel il assiste malgré lui. Chacun de ces faits, isolément, pourrait être considéré comme anecdotique. Mais un tel parti pris est peu satisfaisant pour l’adulte qui sent que son autorité et sa responsabilité sont questionnées. Ce qui est en jeu, et c’est de là que peut venir un certain malaise, ce sont les attitudes qu’il saura ou non adopter. Certaines de ces attitudes relèvent de tactiques que tout adulte ayant de l’expérience dans les relations avec des adolescent peut se forger, d’autres attitudes, les plus fondamentales, se fondent sur des principes éducatifs qu’il est impossible d’improviser. Tout groupe d’adultes ayant collectivement une mission éducative ne peut pas faire l’économie du temps indispensable pour concevoir ensemble de tels principes. C’est une condition nécessaire et sans doute suffisante, pour espérer exercer une influence sur des comportements de jeunes qui ont besoin de limites et de cohérence pour se construire.

Des faits du quotidien ... qui donnent à penser

    • Aujourd’hui, la classe de cinquième D, habituellement peu motivée pour le travail est bien engagée dans le travail proposé. Même Jonas, pourtant souvent très agité et perturbateur, est actif… mais il mâche un chewing-gum, ce qui est interdit.
    • Depuis le début du trimestre un élève arrive fréquemment en retard au cours de maths de 8 H à 9 H. Il est chaque fois en règle, puisqu’il a un billet de rentrée délivré par la vie scolaire
    • Un groupe d’élèves, après un travail de groupe a quitté la salle de mathématiques à la sonnerie en laissant des chutes de découpages au sol et sur les bureaux et le mobilier en grand désordre.
    • En consultant l’agenda d’un élève vous découvrez des pages où sont écrits des « déclarations d’amour » envers d’autres élèves de la classe et des insultes envers un enseignant.
    • Pendant un contrôle vous surprenez un élève qui utilise une calculatrice dissimulée dans un cahier.
    • Dans une organisation de travail en groupe, vous constatez que quatre élèves choisi de se retrouver ensemble sans intention de s’impliquer dans le travail proposé
    • Après plusieurs affaires de disparitions suspectes vous surprenez un de vos élèves seul dans la classe affairé dans le cartable d’un camarade.
    • En arrivant au collège, dans la rue mais devant l’entrée du collège, vous vous retrouvez face à deux élèves qui s’embrassent sur la bouche.
    • Dans une classe où, vous semble-t-il, le travail personnel et la motivation font gravement défaut vous adressez une remontrance générale solennelle et virulente. Alors que vous êtes en plein « argumentaire » vous entendez une insulte sans savoir exactement qui en est l’auteur.
    • Dans la salle des enseignants, le lavabo du coin café est plein depuis trois jours de tasses sales, la poubelle déborde, des documents en désordre s’entassent sur la table centrale.
      Ce travail de réflexion et de mise à distance à froid devrait contribuer, en situation effective, à porter un regard différent sur l’inattendu et le non souhaité, marqué par plus de sérénité et par là davantage ouvert à un traitement « adulte » dans l’intérêt même des jeunes.
  • A. Pourquoi moi ?
    Ci-dessous nous avons formulé dix situations « limites » mais somme toute assez banales dans le quotidien de nos classes. L’objectif de cette liste est de se questionner soi même et de discuter avec d’autres collègues sur les attitudes et les décisions que chacun envisagerait pour chaque cas. Bien entendu, il ne s’agit pas d’établir un tableau de réponses « cadrées » pour chaque situation mais plutôt de favoriser une dédramatisation de « tout ce qui est limite ».
  • B. Quelques principes à se donner en équipe.
    S’il n’y a pas de réponse type pour faire face à des situations « limites » on peut s’essayer à formuler quelques principes qui peuvent aider à penser des actions éventuelles, à réfléchir à la situation. Une chose est sûre être témoin d’une situation limite ça engage, ça dérange, ça pousse à prendre une décision, à adopter une attitude, à mettre à l’épreuve certains principes ou valeurs personnelles.
    • 1. Oser se poser. Certes, il faut savoir fermer les yeux mais jamais par facilité ou par faiblesse. Se poser avec calme mais détermination est ce qui caractérise l’adulte dans sa responsabilité. C’est aussi ce qui lui confère de l’autorité.
    • 2. Distinguer une nécessaire tolérance et un facile laxisme. Oser se poser c’est aussi savoir « tolérer ». Dans certains cas, signaler qu’on n’est pas dupe peut être plus éducatif qu’un excès de rigidité.
    • 3. Ne pas se sentir atteint. Quand j’assiste à une situation « limite », en tant que personne ayant sa propre histoire … je peux ressentir certaines fragilités. Mais si je reste conscient que j’exerce ma présence en tant qu’adulte qui assume des responsabilités dans un collectif au nom de ce collectif, à aucun moment ma personne ne peut être exposée. Mieux, ma présence est un service au collectif donc au jeune en cause lui même. Si je refuse, si je n’assume pas d’être témoin alors je faillis à mon rôle d’adulte et ma personne est en droit de se sentir atteinte.
    • 4. Eviter toute réaction impulsive ou toute décision qu’on ne pourrait tenir. Ce qui caractérise l’adulte, par rapport à l’adolescent, c’est son sang froid, sa capacité de hauteur, de prise de distance, sons sens de la mesure. Dans certains cas il y a plus « faute » dans la traitement qui est fait d’un incident que dans l’incident lui même.
    • 5. Marquer un arrêt, assurer le respect « de la loi » mais différer le traitement, se donner un délai de réflexion. D’une façon générale, pour éviter tout débordement émotionnel, il faut mieux après avoir signifié un désaccord ou avoir marqué un coup d’arrêt face à une « situation limite », renvoyer à un autre moment le traitement de l’incident lui même.
    • 6. Distinguer l’acte et la personne.C’est souvent dans la capacité à montrer au jeune qu’il sait distinguer l’acte le lui même de son auteur que l’adulte peut établir un contact avec le jeune. Quel que soit la gravité de l’acte, la personne doit respectée et regardée comme ayant un potentiel positif. La responsabilité de l’adulte et de sanctionner l’acte mais sans intention de brimer la personne.
    • 7. Faire de la place à la parole.La fermeté de l’adulte dans le traitement de situations grave est nécessaire pour signifier les limites. Mais cette fermeté ne gagne rien à se faire dans la précipitation (voire l’affolement ou la peur). Dans toute situation, même les plus graves il est essentiel de faire de la place à la discussion. C’est l’échange distancié d’arguments qui permet à chacun d’exister et de prendre conscience des différents paramètres de la situation et donc de se sentir « responsable ». -** 8. Ne pas placer l’élève en situation de justification et de culpabilisation.La parole doit être l’occasion pour chacun de prises de consciences et non de mise à l’épreuve dans une logique d’affrontement, d’encerclement et de mise en défaut. Il ne s’agit pas de mettre à terre l’élève fautif mais plutôt de l’aider à se « grandir » malgré tout.
    • 9. Entendre, collecter des informations pour identifier le problème.Dans certaines situations de confusion le risque est de vouloir faire justice ou rendre justice trop vite en ne s’intéressant qu’à un incident en regard d’un règlement. Mais ce serait oublier que certains incidents sont des indices de problèmes bien plus complexes et non apparents. Traiter l’incident c’est dans certains cas alimenter le problème qui en est la cause.
    • 10. Comprendre et rechercher une sanction réparatrice donc éducative : il s’agit moins de réprimer ou d’amnistier que de sanctionner. La discussion avec l’élève vise moins à lui montrer la gravité de l’acte commis qu’une prise de conscience de la situation et un engagement personnel librement consenti. Le rôle de l’adulte consiste surtout à permettre au jeune de sortir de la confusion dans laquelle il se trouve. C’est dans ce cadre que prend tout son sens l’idée de sanction dans une logique de réparation négociée.
    • 11. Voir au delà de l’acte, les besoins pour l’élève, pour le groupe classe.Ce qui est important ce n’est pas l’acte mais bien ce qui sera déterminant pour la suite : l’élève dans son vécu et sa progression scolaires, la classe dans sa vie en commun et ses apprentissages.
    • 12. Ne pas tenir rancuneL’incident passé et traité, l’adulte doit savoir passer. Sans naïveté certes, la base de sa relation aux jeunes est l’estime et la confiance. Sans cela aucune relation éducative ne peut s’établir, aucune éducation ne peut se faire.