PRATIQUE MATH

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Accompagnement de la mise en œuvre du socle commun de connaissances et de compétences : remarques préalables

Points de repères pour un groupe de pilotage

jeudi 4 mars 2010, par Alfred Bartolucci


  • 1. Mettre en œuvre le socle ce n’est pas trouver les bonnes modalités pour l’attester. Deux convictions de fond président à la conduite du travail à engager : évaluer ce n’est pas cocher et aucune approche analytique de rend compte de maîtrises globales. Mettre en œuvre le socle c’est d’abord agir pour qu’aucun élève ne se situe en fin de scolarité obligatoire à un seuil grave de difficultés sur la maîtrise de certaines des sept compétences du socle commun. Une telle éventualité lui ferait courir le risque de se trouver marginalisé ou handicapé dans sa vie future. La Loi garantit à chaque élève que le système, les établissements scolaires et les adultes du système mettront tout en œuvre pour que cela ne se produise pas.
  • 2. Les sept compétences du socle ne sont pas spécifiques du socle. « Maîtrise de la langue », « autonomie et initiative » et les autres … sont aussi des compétences des programmes. Ce qui est spécifique du socle c’est l’exigence de maîtrise de chacune de ces compétences au moins à un seuil décrit par des grilles de références du socle commun. Le socle indique sur ces sept compétences des seuils « planchers » à faire atteindre à chaque élève non comme un objectif mais comme une indispensable balise d’alerte. Le socle s’impose par la Loi votée par la représentation nationale, au système, à chaque collège, à chaque adulte du collège : il y a une obligation à « mobiliser l’essentiel du potentiel d’action » à faire en sorte que chaque élève sur les quatre années de son parcours au collège maîtrise au moins les seuils planchers en fin de parcours mais sans fixer de plafond.
  • 3. Les préoccupations du socle commun se déclinent en sept compétences  : « que les élèves maîtrisent le lire, l’écrire et le parler à un seuil suffisant », « qu’ils se respectent et sachent contribuer positivement à un travail d’équipe », « qu’ils fassent preuve d’autonomie et d’initiative », … Si on se place au niveau des principes, de telles affirmations n’ont aucun caractère de nouveauté. De tous temps, l’Ecole et chaque enseignant dans sa classe manifestait l’intention de contribuer à cela. Dans de nombreux cas, des enseignants isolés ou des équipes consentaient un fort investissement pour chercher à y parvenir. Ce qui est nouveau avec le socle c’est de passer d’un faisceaux d’intentions à des objectifs. Ce qui est un défi, c’est de transmuter une variété d’actions souvent peu coordonnées en une mobilisation des acteurs convergeant vers la réalisation contractuelle, avec des échéances, d’impératifs fixés par la loi.
  • 4. Mettre en œuvre le socle c’est mettre en œuvre ce cadre sans perdre de vue les finalités qui sont les siennes. Ainsi, pour une équipe il est essentiel d’intégrer collectivement que réussir à mettre en œuvre le socle c’est parvenir à ce que, certains des élèves qui hier quittaient leur collège avec de gros « manques » (malgré tout ce que les équipes mettaient en place et ce que chaque enseignant mettait en œuvre pour l’aider), demain le quitteront en maîtrisant au moins à un seuil plancher certaines compétences qui ne l’étaient pas. Un tel pari ne va pas de soi. Il appelle des changements de fond des pratiques sur trois dimensions :
    • La traduction en priorités disciplinaires des compétences du socle par chaque matière au-delà des spécificités des programmes de chacune et la prise en charge de ces priorités comme des orientations fortes sur les quatre années du collège de la matière.
    • Les modes de prise en charge dans les temps d’apprentissages en cours ordinaires, des élèves dans leur diversité en lien avec ces priorités.
    • Les stratégies et les protocoles de suivi et d’accompagnement des besoins cruciaux des élèves par l’ensemble de l’équipe (conseil de classe comme lieu où se décide le suivi). Les priorités de chaque discipline inspirées des attendus du socle sont la grille de lecture des besoins des élèves et la trame de pistes d’actions pour une prise en compte efficiente de ces besoins par rapport à des attentes planchers.
  • 5. Mettre en œuvre le socle ce n’est pas appliquer un protocole préconisés par un texte officiel. Si les textes officiels concernant le socle commun balisent une orientation forte pour le système éducatif avec un système de pilotage par les effets attendus / obtenus, le moins que l’on puisse constater et qu’ils ne se caractérisent pas des indications claires quant à sa mise en œuvre :
    • l’explicitation qui est faite de chacune des sept compétences est très large. Les grilles de références notamment celle de sept 2009 précisent en parti ce qui est attendu mais les indications restent très générales. Dans bien des cas, des formulations « étiquette » conduisent à interpréter de façons très diverses les attendus désignés. Par exemple pour « Extraire d’un document papier, d’un fait observé les informations utiles » l’indication donnée pour l’évaluation « L’élève extrait des informations à partir d’un ensemble de documents (papier ou numériques) et d’observations » laisse très ouvertes les situations de mise en œuvre. Le champ de la compétence est donné. On souhaite qu’aucun élève ne soit en désarroi total pour extraire des informations à partir d’un ensemble de documents. Pour des élèves qui aujourd’hui terminent leur scolarité dans un tel « état », le projet est bien qu’il acquièrent une seuil de maîtrise, fusse sur des documents simples et familiers et pour des informations transparentes. Pour des élèves qui maîtrise ce seuil d’évidence, le projet n’est pas de s’en satisfaire, mais bien de les conduire à des seuils de maîtrise de situations plus complexes. Les formulations adoptées semblent encourager à ce que chaque collège adapte les « seuils » d’attente aussi en fonction des élèves réels.
    • En fait il parait difficile sur les diverses composantes des sept compétences du socle de poser des attentes univoques et surtout exploitables avec pertinence dans tous les collèges du territoire. Entre un collège « au pied de la cathédrale » ou « au pied de la préfecture » et un autre situé en zone péri urbaine, s’il est intéressant de partager le même référent global et les mêmes fins, des « repères planchers » identiques apparaissent irréalistes, au moins dans un premier temps. Si la fin est de promouvoir, sur un référent commun, des seuils de maîtrise jusque là vus inaccessibles et non atteints pour certains élèves, peut-on hésiter sur la nécessité d’une adaptation à chaque situation ? Prendre au pied de la lettre le qualificatif « commun » ne peut se faire qu’au prix d’un détournement des fins assignées à l’institution du socle par la loi. Pour les divers domaines de compétences du socle, accepter d’apprécier à sa juste valeur l’atteinte par un élève donné de paliers de maîtrise significatifs pour cet élève alors que ce n’était pas gagné constitue l’essentiel du défi de la mise en œuvre du socle commun. Un tel défi est un pari sur les changements à opérer en terme d’évaluation et du regard porté sur la difficulté. Les attendus sur les diverses composantes du socle nous paraissent devoir échapper à une uniformisation au moins dans un premier temps : toute référence à l’identique serait au mieux une « neutralisation » de sa portée. Dans chaque collège, mettre en œuvre le socle c’est engager une approche par compétences avec une évaluation par seuils. Le but est bien de favoriser la progression de chaque élèves avec la nécessité de qualifier, pour chacun, non pas un niveau mais ce qu’il sait faire et jusqu’où il sait faire et ce sur des dimensions qui jusque là échappaient à tout repérage d’effectivité.
    • Le socle est annoncé comme repère pour attester des seuils de maîtrises par des disciplines différentes, sur les mêmes compétences et pour les mêmes élèves. La réalité du cloisonnement existant en collège de par, ne serait-ce que l’organisation du temps des enseignants, conduit à une approche prudente de cette orientation même si par ailleurs elle est hautement souhaitable. Sa réalisation, sa concrétisation, ne va pas de soi. Elle relève de mises à l’essai prudentes et progressives, décidées collectivement par l’équipe des adultes et dont les effets d’envergure reste maîtrisés par les principaux acteurs que sont les adultes du collège sans oublier les élèves eux-mêmes.
      Ces remarques montrent que mettre en œuvre le socle dans un collège donné engage sur des changements qui sont porteurs d’enjeux certes dynamiques et stimulants dans le cadre d’un établissement en projet mais l’entreprise est complexe. Chacun doit en avoir conscience et apprécier la portée des prémices de changements envisagés et ne pas redouter leur relative modestie au regard du « tout déclaré » des documents officiels.