PRATIQUE MATH

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"Le savoir de la main" de Robert Halleux chez Armand Colin (2009)

« L’intelligence humaine et la main ne se distinguent pas » André Leroi-Gourhan, ethnologue-archéologue et historien

lundi 8 février 2010, par Alfred Bartolucci


Ouvrage découvert grâce à l’émission « La Marche des sciences » (jeudi 4 février 2010) sur France Culture :

De l’Antiquité à la Révolution Industrielle, l’auteur montre l’évolution de la relation entre la technique et la science.
Ceux qui écrivaient des livres et n’étaient pas ceux qui pratiquaient les métiers. Les uns étudiaient la nature, les autres la transformaient. Entre eux, il semble exister une cloison imperméable. En réalité, la faute en est aux historiens des sciences et aux historiens des techniques, qui depuis longtemps se tournent le dos.

Prenant à rebrousse-poil l’historiographie classique, ce livre entreprend de montrer comment les connaissances des artisans ont fécondé la pensée scientifique, comment la Révolution scientifique du XVIIe siècle est largement tributaire des techniciens et enfin comment la « nouvelle science » maîtresse de son outil physico-mathématique ambitionne ensuite d’« affranchir les artisans de la routine » en donnant à leur pratique des « fondements certains ». La première réflexion sur l’invention est de chercher celui qui fuit le premier qui a inventé avec une dignification de l’inventeur, une supériorité de fait de la connaissance théorique sur la technique. Mais il y a des transferts entre le monde des « Fabri » et le monde des « savants » avec une dévalorisation de la technique sur le théorique. Exemple des mathématiques : les maths c’est d’abord un ensemble de pratiques agraires, pratiques comptables, de calculs astronomiques, de langage, ... Ce sont des savoirs extrêmement dispersés. Ce ne sont pas les mathématiques mais des procédures de mathématiques, qui seront des secrets . Ne peut-on faire de tous ces éléments un savoir dont on exibe les secrets

Extrait de la dernière page
« Au détour de l’industrie, le savoir de la main affleure quelquefois et continue d’émerveiller. C’est ce vieux mineur d’Atacama qui prédisait les séismes en écoutant pleurer la montagne, ce petit commerçant qui reconnaissait les faux billets en les froissant à son oreille, ce fondeur zoulou qui crachait dans le métal fondu pour tester sa température, ou ce camarade métallo qui, d’un seul regard au four électrique, pouvait dire : "Monsieur l’ingénieur, à votre place, je remettrais cinquante kilos de manganèse". Ces hommes de savoir, que j’ai eu l’honneur de connaître, sombrent peu à peu dans l’oubli ». _ Robert Halleux, directeur de recherches au Fond national belge de la recherche scientifique et professeur à l’Université de Liège où il dirige le Centre d’Histoire et des techniques. Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres de l’Institut de France, et auteur de ce livre paru chez Armand Colin ; un ouvrage qui rend leur place aux travailleurs manuels, aux ‘fabri’ à qui l’on doit un grand nombre de connaissances scientifiques.