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États de choc et Stratégie du choc

Eléments pour un regard critique.

vendredi 30 janvier 2015, par Alfred Bartolucci


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En écoutant un podcast de l’émission PARENTHÈSE de Laurence Luret sur France Inter, j’ai découvert le philosophe Bernard Stiegler et indirectement les thèses de Naomi Klein. Le titre de l’émission, « Sous le choc, entre chaos et bêtise » et sa présentation, « Crise financière, économique, sociale, nos démocraties sont en état de choc. Le philosophe Bernard Stiegler analyse cette déraison entre chaos et bêtise ». ont éveille mon intérêt, je n’ai pas été déçu. La référence lors de l’émission à l’ouvrage « La stratégie du choc » de Noami Klein mon conduit à m’intéresser aussi à cet ouvrage ainsi qu’au film qui en a été tiré. Voici quelques éléments qui vous donneront peut-être envie, à vous aussi, d’aller plus loin.

Naomi Klein - La stratégie du choc : La montée d’un capitalisme du désastre - 670 pages - Ed. Actes Sud

Naomi Klein soutient que des désastres (catastrophes naturelles, changements de régimes), qui conduisent à des chocs psychologiques, permettent aux chantres du capitalisme d’appliquer la doctrine de l’école de Chicago. Elle souligne que la théorie et la pratique ultralibérales inspirées de Milton Friedman entre autres, reposaient sur une « stratégie du choc. De telles réformes ne sont pas possibles sans crise, mais .Aussi,à l’occasion de désastre Utilisant cette stratégie, ils imposeraient à l’occasion de divers désastres, des réformes économiques ultra libérales telles que la privatisation de l’énergie ou de la sécurité sociale. De telles réformes n’étant pas possibles sans crise.
Si l’« état de choc » permanent règne depuis le début de la révolution industrielle – et plus encore depuis le temps où s’applique ce que Joseph Schumpeter décrivit comme une « destruction créatrice », caractéristique du modèle consumériste, la stratégie du choc s’est développé à partir des années 1980. Sous l’impulsion de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, l’état de choc technologique a été suscité par un marketing planétaire ne rencontrant plus aucune limite, imposant la prolétarisation généralisée. Ainsi s’est installé le capitalisme pulsionnel où la destruction créatrice est devenue une destruction du monde.
La thèse de Naomi Klein est illustrée par ce qui est advenu du système éducatif à la Nouvelle Orléans suite à l’ouragan Katarina. Sous Bush, Katarina, dévasta presque complètement la Nouvelle Orléans, créant un état de choc grave dans une population soudain démunie de ses biens privés comme communs, démunie de ses services publics, ruinés. Le système éducatif notamment, était à plat. Bonne opération possible pour les économistes libéraux inspirateurs de Bush, pour se débarrasser d’un système éducatif traditionnel jugé encombrant pour l’économie capitaliste... Sauf qu’on ne le dit pas comme cela.
Plutôt que de restaurer un service public déjà contesté par la pensée dominante, l’administration de Bush consacra des dizaines de milliers de dollars, à la mise en place d’écoles à chartes, établissements subventionnés mais administrés non par l’État, définissant leurs règles et leurs enseignements. On devine le bénéfice que peuvent en tirer ceux qui décident de programmes, contenus et formes de l’enseignement.
La stratégie en œuvre que dénonce Naomi Klein est celle de l’économiste Friedman : « attendre une crise de grande envergure, puis, pendant que les citoyens sont encore sous le choc, Vendre l’état, morceau par morceau, à des intérêts privés avant de s’arranger pour pérenniser ces réformes à la hâte ».

Bernard Stiegler - États de choc ; Bêtise et savoir au XXIè siècle - Ed. Mille et une nuits

Que faire pour sortir de la prolétarisation des savoir-faire, des savoir-vivre, des savoir-théoriser induite par le marketing et le consumérisme ? Bernard Stiegler fait une critique constructive de ses maîtres à penser à la lumière du 21e siècle et des nouvelles technologies qui sont restées impensées par les philosophes et les politiques. Le fondateur d’ARS INDUSTRIALIS propose des voies pour sortir de la bêtise systémique. La « conquête » de la raison reste toujours à faire et à défendre.
Pour Bernard Stiegler, la déraison domine la société et les rapports au savoir se sont transformés à cause de l’extension du management et des nouvelles technologies. Dans cet essai, il tente de comprendre la rationalisation des sociétés industrielles et le rôle joué par l’université.
L’impression que la déraison domine désormais les hommes accable chacun d’entre nous. Tandis qu’au tournant des années 1980, la rationalisation de toute activité, rapportée au seul critère de la « performance », était systématiquement et aveuglément orchestrée par la « révolution conservatrice » – imposant le règne de la bêtise et de l’incurie. Le rapport entre les générations en est chamboulé, et donc les rôles et fonctions des unes et des autres dans la transmission et/ou le refus de l’autorité en termes de jugements comme de savoirs. Ne voit-on pas par exemple, que ce sont les jeunes et mêmes les enfants qui dictent les choix des parents, contestent leurs réactions, leurs références. En résultat de l’appropriation et de l’usage de ces nouvelles techniques et technologies, les générations antérieures perdent de leur statut d’expérimentées, porteuses de savoirs, références, responsables, faisant autorité.
Chocs répétés entre les sources d’influence opposées dans leurs inspirations comme dans leurs techniques : entre la télévision et les autres écrans, diffusant tous programmes aux seuls soucis du profit, et l’éducation nationale, dédiée à faire accepter et adopter des programmes ordonnés pour la constitution d’un corps de valeurs et de savoirs nécessaires à l’intégration citoyenne.
Le succès des écrans portables comme des réseaux sociaux, de l’interactivité engendre autant de chocs technologiques, s’accompagnant de chocs d’idées et de repères. L’éducation nationale perd sans cesse du terrain. La société traverse une crise des références et des savoirs, engendrée du seul fait des sauts techniques non accompagnés par une puissance publique qui en aurait compris les enjeux et les menaces sur le socle des valeurs à sauvegarder pour l’identité des peuples et transmises de générations en générations. C’est allé vite. La puissance publique a été impuissante. C’est l’objet du livre de Bernard Stiegler, que de le montrer et chercher des remèdes et un dépassement.
A ses yeux les universitaires notamment, ont gravement manqué. Par découragement après la faillite de la civilisation dans les dernières guerres mondiales et coloniales, ils ont pris plaisir à la dénonciation de la philosophie, à la déconstruction des systèmes de pensée globale, à la démonstration de la vanité des valeurs de l’homme.
Ils n’ont pas vu qu’à ce jeu, leur jeu, et en laissant libre cours au jeu des publicitaires qui avec application piétinent la raison, se moquent des « valeurs » traditionnelles pour vendre et satisfaire à l’économie capitaliste commerciale, le statut de la Raison en a été abaissé, quand il n’était pas ridiculisé.
La raison s’est réorientée, de la réflexion sur l’essentiel, vers la justification des désordres. La raison économique a pris le pas, imposé ses justifications, rationnalisant un système fou. Et nous sommes en pleine déraison.

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