PRATIQUE MATH

Accueil du site > APPROCHE PAR COMPETENCE ET SOCLE COMMUN > MODALITES DE FONCTIONNEMENT : Trois référents de l’action de l’enseignant de (...) > Prendre en compte l’hétérogénéité comme un fait et non comme une anomalie à (...) > Stabilité des acquis des élèves sur les 4 années du collège.

Stabilité des acquis des élèves sur les 4 années du collège.

Présentation d’une étude sur la stabilité des acquis en mathématiques au collège

vendredi 6 mars 2009, par Alfred Bartolucci


Problématique de l’étude.

  • Le contexte
    PDF - 345.7 ko
    Document de l’étude

L’évolution du collège au cours des quarante dernières années, dans le cadre de la politique de massification, a amené progressivement tous les élèves à suivre obligatoirement l’ensemble de ce cycle d’enseignement. Si l’orientation précoce en fin de cinquième a été officiellement supprimée, des dispositifs intermédiaires ont continué d’exister pour les élèves les plus en difficulté, un plus grand nombre d’élèves est désormais « contraint » de rester au collège jusqu’à la troisième, voire même la seconde. Les enseignants observent de plus en plus souvent l’hétérogénéité grandissante de leurs classes et l’influence de plus en plus grande de la vie sociale sur la relation qu’entretiennent les élèves avec l’école. Le socle commun qui devrait être progressivement mis en place à partir de la rentrée scolaire 2006 insiste sur la stabilité des acquisitions qu’il entend attester. Or un phénomène est observé dans les collèges et qui pose problème aux enseignants : des apprentissages maîtrisés à l’entrée au collège ne le sont plus à la sortie de celui-ci. Cette observation empirique ne trouve actuellement aucun écho dans des travaux de recherche en cours. L’idée d’une linéarité et d’une continuité dans la progression des acquisitions est assez largement partagée dans les représentations sociales de l’apprentissage scolaire, elle s’appuie principalement sur l’observation générale du développement des enfants. Entre l’idée commune de la linéarité du développement et l’observation de régressions multiples, les enseignants expriment un besoin de compréhension des phénomènes auxquels ils sont confrontés. Les organismes de formation qui répondent aux demandes des équipes des établissements sont souvent sollicités sur les thèmes de la motivation, les difficultés des élèves, la pédagogie différenciée, l’organisation en groupes de besoins, les pédagogies de la réussite. Ainsi on peut lire dans ces demandes et dans leur traitement avec les équipes l’émergence d’un souci d’autant plus accentué en ce moment, que l’école passe progressivement d’une logique de moyens à une logique de résultats, le socle de compétences et de connaissances en étant un premier élément.

  • La question de départ

En mettant en place le socle commun de compétences et de connaissances, le législateur met en avance le fait qu’il est nécessaire que l’école garantisse durablement certains acquis. La question qui se pose aux enseignants est de savoir s’il est possible de parvenir à ce socle et dans quelles conditions ? En effet si l’observation de certaines régressions ou stagnations se confirme en cours de scolarité, quel sens pourrait alors prendre la notion de socle. Mais plus encore qu’en est-il des élèves eux-mêmes et en particulier les plus fragiles ? L’étonnement des enseignants devant certains comportements des élèves face à leur scolarité est grand. Ils posent souvent d’abord la question en termes de motivation. Or ce questionnement est un signe d’une observation d’une « baisse » de l’élève. La lecture des bulletins scolaires de certains élèves témoigne de cela, mais de façon très laconique : l’élève ne travaille pas, il n’apprend pas à la maison, il ne fait pas ses devoirs…. Etablir un diagnostic des difficultés réelles n’est pas possible dans le contexte de l’activité quotidienne des enseignants sans un minimum d’outillage et de support pour identifier comprendre et remédier à ces difficultés qui, si elles ne sont pas nouvelles, prennent une place de plus en plus importante dans le quotidien des établissements. Dès lors, la question qui se pose est de savoir de quelle nature sont ces régressions ? Comment les identifier au travers de l’activité quotidienne d’enseignement ? A la suite de cette approche diagnostic qui nécessite la construction d’outils, il s’agit de mettre en place des dispositifs pour tenter de faire évoluer les élèves concernés. Comment repenser la différenciation pédagogique, l’accompagnement à la scolarité, la relation famille école, en prenant en compte les informations qu’un outil d’observation pourrait permettre de dégager ?

  • Les hypothèses

Nous faisons l’hypothèse qu’il est possible, à partir d’une observation fine et spécifique de certaines compétences, en particulier dans certaines disciplines scolaires, de mettre en évidence des stagnations et des régressions dans les acquisitions au cours du collège.

En conséquence nous pensons qu’il est possible d’envisager des dispositifs d’enseignement et d’accompagnement différenciés et adaptés visant à éviter ce phénomène en se basant sur l’analyse de ces processus.

Enfin nous pensons qu’il est nécessaire, à la lumière de la psychologie, de la didactique et des sciences de l’éducation, de modéliser ces processus de régression et leur interaction avec la forme linéaire de la structure des apprentissages scolaires.

Positionnement de la recherche.

  • Les travaux déjà réalisés sur cette question

Les travaux des psychologues nous ont habitué à envisager un enfant puis un adulte, qui progresse constamment dans ses capacités mentales. De Sigmund Freud jusqu’à Jean Piaget et la théorie constructiviste, le modèle linéaire est fortement étayé. Dans un sens différent les travaux d’Albert Bandura sur l’estime de soi et le sentiment d’efficacité qui ont fondé la théorie de la résilience ont d’un coté renforcé cette image linéaire mais dans le même temps fait prendre conscience que les choses n’étaient pas aussi linéaires tout au moins dans la progressivité des acquisitions. Ainsi à partir de difficultés scolaires importantes, des jeunes ont pu réaliser ensuite des parcours personnels et professionnels inattendus, selon le modèle dominant. Les travaux des sociologues, marqués par le travail de Bourdieu et Passeron, avaient renforcé la linéarité psychologique d’une linéarité sociale. Autrement dit un déterminisme psychologique était renforcé par un déterminisme sociale (et aussi l’inverse). Des travaux récents comme ceux de Bernard Lahire ont montré qu’au delà des données statistiques, l’étude des individus et de leur trajectoire culturelle permettait de montrer que ces déterminismes n’étaient pas aussi forts. Ainsi on observe sur le plan social des régressions, des métissages, des stagnations. La "panne" de l’ascenseur social se doublerait-elle d’un autre problème plus global d’apprentissage comme semblerait le montrer des rapports récents sur les différences entre les garçons et les filles face à la scolarisation. L’absence de travaux spécifiques, en éducation scolaire, sur la régression des apprentissages doit être mise en regard des travaux menés dans l’enseignement spécialisé, voire en psychiatrie ou en psychopathologie, qui évoquent parfois cette question.

  • Les apports de ce projet par rapport aux travaux existants

En menant cette recherche, ce projet vise à enrichir les analyses actuellement menées par une mise en relation des différentes approches existantes. A partir d’une étude empirique, il s’agit, en convoquant les approches théoriques disponibles en psychologie, en sociologie et en sciences de l’éducation, de proposer non seulement un cadre d’analyse, mais aussi des hypothèses de recherche action d’une part, de recherche pluridisciplinaire, plus fondamental sur l’articulation entre les différentes sources de régression des apprentissages dans un contexte comme le collège.

Voir le texte de présentation de l’étude

PDF - 345.7 ko
Document de l’étude